


Le Centre de services de justice réparatrice (CSJR) est un organisme à but non-lucratif créé en 2001 et bénéficiant d’un statut de bienfaisance. Il est composé de membres individuels partageant sa vision et ses objectifs.
Le CSJR promeut la justice réparatrice auprès du grand public, mais aussi auprès d’instances spécialisées dans un domaine connexe à la justice réparatrice (intervention, thérapeutique, juridique, policier etc…)
Le CSJR organise principalement des Rencontres Détenus-Victimes ou RDV entre des victimes d’actes criminels et des offenseurs qui ne se connaissent pas. Voir nos services.
J’étais aumônier au Vieux Pen. J’écoutais les détenus mais je n’entendais que la moitié de l’histoire d’un crime. Je devinais seulement la souffrance de la victime. Je me demandais comment rassembler offenseurs et victimes, alors qu’ils étaient séparés par les murs et la bureaucratie. En 1989, j’assistais à une conférence, en Ontario, sur le Programme de réconciliation victimes-offenseurs (Victim Offender Reconciliation Program), où j’appris l’existence de rencontres entre des victimes et leur propre offenseur, mais cela me paraissait trop difficile à réaliser. Par contre, les rencontres « Face to Face », pratiquées à Terre Neuve par R. Newen pouvaient être tentées. J’en ai parlé aux détenus. L’un d’eux m’a répondu par écrit : « je suis froid par rapport à ma victime. Si je pouvais voir des victimes, comprendre leurs larmes !». Alors avec D. Martin nous avons prévu une rencontre entre détenus et victimes, et nous avons largement diffusé l’invitation. La directrice, Mme Tronche, me demandait : « Est-ce qu’on ne se sert pas des détenus pour aider les victimes ? ». Par la suite, j’ai entendu : « est-ce qu’on ne se sert pas des victimes pour aider les détenus ? ».
Finalement à l’été 1991 a eu lieu la première rencontre au C.F.F. (Centre Fédéral de Formation). C’était la première fois qu’une telle rencontre avait lieu dans un pénitencier fédéral et la seule chose que j’espérais, c’était que cela n’explose pas. J’ai connu une dame de 60 ans victime de toutes sortes d’agressions qui, grâce à la rencontre avec les détenus, a retrouvé tout son « empowerment ». Elle retrouvait son droit de parole. Elle témoignait auprès d’autres victimes. Nous avons organisé les rencontres « Face to face » jusqu’en 1993.
En 1999, j’ai rencontré une étudiante de criminologie qui s’intéressait à la justice réparatrice. C’était Thérèse de Villette. Je lui ai dit que j’avais cessé le programme, n’ayant pas le temps et la possibilité d’aller en parler aux victimes. Elle a proposé de reprendre l’expérience en se disant prête à trouver les victimes. J’étais sceptique. Pourtant, en novembre 1999 nous reprenions les rencontres « Face à Face » qui furent renommées par la suite RDV (Rencontre Détenus Victimes).
Dans les RDV, on est là pour faciliter le dialogue entre les personnes, les aider à exprimer leurs émotions et la souffrance en vue de se restaurer (Restorative justice en anglais). Un délit crée un déséquilibre de pouvoir. Je me sers de toi pour avoir du pouvoir. Dans les RDV je dépose mon arme (ex. : mensonge…) tout ce qui me sert à attaquer l’autre. Les victimes doivent aussi laisser derrière elles l’exagération. Ici on dépose tout pour gagner davantage. Cela suppose une certaine préparation. On est aidé par un climat de sécurité et de compréhension. Le détenu rentre dans sa cellule et pense : « enfin je suis dans un groupe où je ne me sens pas condamné ». On se rencontre dans nos douleurs. Le délit c’est comme un trou noir. Ensemble on y va. Ensemble on pleure pour lui et pour la victime. Le groupe absorbe la souffrance et fait revivre.
Bulletin du CSJR - Printemps 2005